Entretien avec le Président de Comité de pilotage du Centenaire

Propos recueillis par

Seydina DIONNA

 

Mamadou Sarr NDOYE est artiste plasticien de formation. Conseiller municipal chargé de la commission de la culture, des arts et des loisirs de la commune de Cambérène, il est aussi le président du comité de pilotage du centenaire de Kém Médine, le nom originel du village.

 

W.S. : Quelle est l’histoire du village ?

M.N. : Cambérène est un village religieux fondé en 1914 par Seydina Issa Rohou Lahi (PSL). Le village a été déplacé de Ndingala à son emplacement actuel suite à une épidémie de peste. C’est une cité sainte très importante qui est caractérisé par son cachet religieux, son organisation et son coté éducationnel. Les habitants de la localité ont toujours été des modèles au Sénégal de par leur éducation et de par leurs pratiques cultuelles. On peut dire également que Cambérène est la capitale de la communauté Layène du Sénégal.

W.S. : Qu’entendez-vous par pratique cultuelle et éducationnelle ?

M.N. : Seydina Limamou Lahi (PSL) a beaucoup contribué au développement de la religion parce que c’est le prophète de la fin des temps qui est venu pour redresser le monde. Effectivement, au moment où il lançait son Appel, le 1er Cha’baan 1301, le monde était dans l’obscurantisme. Ici, au Sénégal, à l’extrême ouest du continent africain, il y’avait des pratiques contraires à l’Islam. Seydina Limamou et son fils Seydina Issa (PSE) ont apporté beaucoup d’enseignements novateurs dignes de leur rang de prophète et c’est une chance pour le pays ainsi que pour la Oumma Islamique toute entière.

W.S. : Quelle est l’organisation interne de la cité ?

M.N. : Dans le village, le pouvoir est centralisé autour du Khalif et c’est lui qui a instauré une organisation interne harmonieuse de la cité. Après le Khalif, vient le chef de village ensuite le chef de ¨eut¨ qui dirige un groupe de concessions et qui résout certains litiges qui peuvent survenir. Aussi, les ¨eut¨ sont un endroit de socialisation et d’entraide. Leur forme fait que ceux qui y habitent ne se perdent pas de vue et ainsi des liens très solides se créent entre les familles.

W.S. : Quelle est l’origine de ces ¨eut¨ ?

M.N. : Cette organisation émane de Seydina Issa (PSL). Il l’a mis en place lorsqu’il devait accueillir les fidèles venus répondre à l’Appel du Mahdi et à mon avis ça a été fait pour deux raisons. D’abord, il y a eu l’étape de la formation pour les aider à mémoriser les pratiques cultuelles, ensuite il a fallu leur trouver des concessions où ils pouvaient vivre en paix avec leur famille. Le modèle de Seydina Issa en matière d’occupation de l’espace et d’assainissement n’existait nulle part à l’époque parce qu’il était un visionnaire, un modèle dans tous les domaines de l’existence. Cette forme d’organisation novatrice du cadre de vie, il l’a mis en place en 1914 quand personne n’y pensait encore et ça a facilité l’organisation du village.

W.S. : Avec quel héritage Cambérène célèbre-t-il en 2014 son centenaire ?

M.N. : Hormis les témoignages recueillis des anciens et des dépositaires du patrimoine, il faudra faire une rétrospective mais aussi une introspection parce que Cambérène a une histoire et nos grands parents nous ont légués un héritage non négligeable. Cependant la question que je me pose est : « Qu’avons-nous fait de cet héritage ? »

C’est pour cela que durant le centenaire on essayera de revisiter ce riche patrimoine que nous devons faire connaître à la génération actuelle mais aussi aux générations futures. Et à mon avis, nous devons nous arrêter un peu et nous poser certaines questions : Qui sommes-nous ? Qu’avons-nous concrètement ? Et où allons-nous ?

Ainsi, nous devons d’abord revisiter notre patrimoine pour pouvoir en faire profiter le Sénégal mais aussi le monde car la mission du Mahdi est Universelle et les  jours consacrés à la commémoration de l’Appel ne suffisent pas pour mettre en exergue les valeurs que renferme la communauté Layène dans son ensemble. Il est temps aujourd’hui à travers les activités que nous comptons organiser de mettre en relief nos valeurs pour en faire profiter le monde islamique et ce, tout en étant en phase avec le calendrier du Groupement Central et certaines journées mondiales.

W.S. : Comment comptez-vous utiliser les journées mondiales dans votre programme ?

M.N. : Les journées mondiales seront juste utilisées comme support pour montrer nos valeurs. Par exemple, le 8 mars nous permettra de montrer les qualités et les valeurs des femmes de la communauté. Aussi Seydina Limamou a donné une place de choix à la femme car dans l’islam l’homme et la femme se valent. Ainsi, à travers cette journée nous essayerons de mettre en relief les femmes qui sont venues dés les premiers jours de l’Appel comme Mame Farma Lahi, Mame Salatou, Mame Yacine Boye, … mais aussi celles qui accompagnent depuis toujours les Dahiras pour que la nouvelle génération les prenne comme des références. On pourrait aussi prendre la journée mondiale de l’environnement, de la santé … Pour la santé, rappelons que Mame Seydi fut le premier à mettre sur pied un camp d’isolement des malades afin d’éviter la propagation du virus de la peste et d’épargner ainsi les autres habitants. Ce qui est un acte fort pour quelqu’un qui n’a jamais fait la médecine.

W.S. : Ces temps-ci, on parle de nouvelles mesures concernant le port vestimentaire des jeunes ainsi que la sécurité de la localité. Quelles sont les actions initiées pour ces deux aspects de la vie à Cambérène ?

M.N. : Le comité de pilotage est composé de sous-sections et c’est la commission sécurité qui s’occupe de cette question mais en tant qu’observateur et habitant de Cambérène la première analyse que je fais de la situation est que l’éducation des jeunes doit être revue.

A mon avis, l’éducation des jeunes est l’affaire des parents mais pour que le père de famille puisse inculquer des valeurs à ses enfants il faut qu’il soit lui-même un modèle dans sa maison, dans le quartier parce que moi c’est comme ca que je fonctionne. Nous devons nous inspirer des enseignements des deux prophètes (PSE) que l’on ne voit nulle part ailleurs et ils doivent être nos repères. Donc il faut que chaque père de famille revoit son propre comportement et qu’il fasse tout son possible pour mettre ses enfants sur le droit chemin. Ce qui permettra de sauvegarder l’environnement de Cambérène, la terre promise de Seydina Issa. En somme, il faut créer un cadre de dialogue pour essayer de régler ces problèmes.

W.S. : Quelles sont les grandes lignes des festivités prévues à l’occasion de la célébration du centenaire ?

M.N. : Concernant les festivités du centenaire qui auront lieu dans deux mois environ, il est prévu des rencontres pour informer les populations. Nous l’avons fait juste après la tabaski à Ndingala, le samedi 19 octobre. Et ce, pour d’avantage imprégner les fidèles sur l’évènement qui se prépare. Nous avons prévu d’organiser au mois de décembre un investissement humain pour impliquer les associations, les dahiras, les transporteurs, les bonnes volontés ainsi que la commune pour nettoyer tout le village car le centenaire nous appartient tous autant que nous sommes. Il ne faut pas oublier la communauté toute entière ainsi que la diaspora.

Après cela en janvier 2014, inch’Allah nous allons démarrer les festivités avec la journée phare qui sera suivie de manifestations et d’expositions pour imprégner les gens sur le passé, le présent ; il y aura des séries de conférences, des consultations médicales, des fora pour les artisans ainsi que des plateaux pour les comédiens parce que le village renferme une diversité culturelle non négligeable. Pour réussir cet évènement, il faut l’appui de toutes les couches de la population de Cambérène. De même, nous mettrons sur pied une exposition d’art graphique avec Pape Seck et Moustapha Ndoye à l’occasion de la biennale de Dakar pour montrer d’autres facettes de la communauté. Aussi après l’assemblée générale, nous mettrons en place le cadre de concertation des personnes ressources parce que Cambérène regorge de cadres et de jeunes intellectuels qui auront pour tâche de produire un document que nous remettrons aux autorités en l’occurrence le Président de la République pour que Cambérène soit reconsidéré à sa juste valeur.

W.S. : Quel message lancez-vous aux populations ?

M.N. : Je veux juste inviter tout le monde, tous les habitants de Cambérène et toute la Oumma islamique à nous soutenir pour que nous réussissions tous les projets entrepris pour mener à bien notre mission.

Paru en Janvier 2014 dans Waa SOODAAN N°1