Wagnou Seydina Issa Rouhou  Lahi, une initiative de Chérif Ousseynou Lahi (RTA).

Par Alaa Indé Laye BA

La gestion de la restauration des fidèles lors des évènements de la communauté demeure une affaire très importante. Et ça a toujours tenu à cœur les guides de la communauté. Chérif Ousseynou Lahi n’a pas du tout été une exception. La preuve : la structure qu’il a mise sur pied. Wagnou Seydina Issa Rouhou  Lahi dirigée pour Adja Fatou Gaye. Pour services rendus à la communauté, les femmes l’ont décoré en lui remettant un cadeau des mains de la dame Adji Mantou Diop, le dimanche 19 janvier 2014 lors de la journée dédiée à la Wagne à Malika en présence du conférencier Cheikh Mbacké Lahi mais aussi de ses frères, Seydina Mandione, Baye Ndjine, Sény Thiaw, Serigne Mamour et Idrissa Thiaw Lahi.

De son vivant, Chérif Ousseynou ne manquait jamais une occasion pour remercier les membres de la structure « Wa Wagne Wi », comme il les appelait affectueusement.

 

Adja_Fatou_GAYERevenant sur cette marque d’estime, Adja Fatou Gaye souligne que cela remonte à une période très lointaine. « A l’époque, le fils du Messie  (PSL) n’avait qu’une vingtaine d’année et allait souvent à l’étranger ». Chérif a toujours pris en compte et de manière sérieuse la restauration des fidèles et de ses hôtes. « Quand nous nous sommes connus, il habitait à Niangène chez sa maman Sokhna Safiétou Niang et ses oncles. Etant des walo walo, ils vivaient à Mbane et moi, j’habitais à Mpal, là où ont eu lieu les chants dédiés à Tafsir Ndické Wade». Adja Fatou Gaye se souvient qu’elle fait partie des personnes qui  lui ont rendu visite suite à un vol dont il a été victime. Et Chérif s’en souviendra. « En 1973, j’ai déménagé dans cette maison où j’habite actuellement et Chérif est venu en 1974. Nous sommes ainsi redevenus voisins. Une semaine après le déménagement, mon mari est passé à ses côtés en portant une chemise qu’il avait ramenée de France et m’avait offerte. Cherif lui dit: « Ibou laye, tu es beau dans cette chemise.Où est mon amie?»Mon mari lui demanda : « Qui parmi mes deux épouses est ton amie ?» Et Chérif de préciser : « C’est celle qui est venue me voir quand j’ai été victime de vol à Mbane ». « Elle est là mais si tout de suite on me dit qu’elle a quitté ce monde, ça ne me surprendrait pas.Car elle est gravement malade », répondit mon mari. « Amènes-là moi vite », lui lança Chérif. C’est difzicilement qu’on m’a amené chez lui. A l’époque, il n’y avait chez lui que deux chambres et la véranda il était assis sur une natte avec Ndjine Diop. Quand j’ai soulevé mon boubou, avec son doigt, il écrit quelque chose sur mon ventre et me dit que j’étais enceinte d’un garçon. « Il s’agite seulement mais ce n’est rien.Et c’est quelqu’un qui va t’honorer », ajouta Chérif. « Cet enfant est né. Il s’agit de Moussa Mbaye qui est en Italie.».

Après son accouchement, Adja Fatou Gaye rassemble 17 femmes, toutes ses voisines, pour rendre visite au « fils du Prophète Issa (PSL)». Elles lui remettent un paquet de 5 kg de sucre et du thé. Quelques jours après, un mercredi, elle récidive même si certaines femmes étaient réticentes. « Mais quand elle m’ont vu aller à la boutique prendre deux paquets de 5 kg de sucre et du thé, elles se sont résolus à m’accompagner ». Adja Fatou Gaye se souvient qu’à l’époque ce sont des femmes comme Sokhna Awa Samb, tante de Chérif, Maguette Sall, Mame Fatim Demba, Astou Fall Gaye, Binta Fall Ndiaye, Adji Diop qui préparaient à manger pour ses hôtes lors des chants religieux dédiés à Seydina Issa (PSL). Il n’y avait pas encore de Wagne.

Vers les années 77-78, Chérif dit à Adji Diop que Dieu lui a montré dans un songe 5 marmites qu’il a préparées puisque son grand père lui a demandé de ne pas laisser les hôtes de Yoff acheter leurs repas dans les restaurants. « Sachant que ces braves dames ne pouvaient préparer les cinq marmites, il fait appel à moi. Et ce d’autant plus que lors des nianes, mes voisines et moi se cotisaient pour acheter des plats que nous mettions à sa disposition. C’est à cette époque que Ya Ami Collé, une épouse de Baye Abdoulahi lui a demandé de prendre bien soin de nous. Ainsi, chaque année, il faisait appel à nous, et chaque fois, nous cuisinions de plus en plus de marmites. En 1990, je suis allé en Espagne et c’est feue Adjia Ndiapaly Mbaye qui me remplaça. A mon retour, ma mère décède et mon père vieillit avec plus de 90 ans. Chérif me demanda alors d’implanter des cellules de Wagnou Seydina Issa dans plusieurs localités ».

Adja Fatou Gaye raconte que c’est à Pikine qu’elle a implanté la 1ère cellule de Wagnou Seydina Issa Rouhou Lahi. Elle était composée de quatre femmes. « J’étais en compagnie de Diakhère Hane et Aminata Sow. Ensuite, ce fut le tour de Cambérène. Et c’est avec les peuls que ça a eu lieu.Je me rappelle, Chérif m’avait demandé comment faire pour leur installer une cellule. «Adja, m’avait-il dit, hier, lors de sa première mission, mon grand-père qui était Mouhamamdou Rassoulou Lahi avait comme voisins des peuls.Ici aussi lors de sa seconde mission, ses voisins sont des peuls». C’est ainsi que je suis allé automatiquement en informer Sokhna Coumba Ndiaye. Ce qui fut fait». Et l’année suivante, lors de la célébration de l’appel, « Chérif me dit : Adja Fatou Gaye, si les peuls de Baye Lahi n’ont pas où habiter, je leur cède ma maison. C’est dire l’estime qu’il avait envers les peuls. » 

C’est ainsi donc que s’est développé ce qui allait être une forte association de femmes qui allaient gérer la restauration lors des grands évènements notamment la célébration du 25 décembre et celle de l’anniversaire de l’appel.

« D’ailleurs, lors de la commémoration de l’Appel, nous sommes arrivées jusqu’à préparer chez Chérif, 45, 50, et 80 marmites. Au total, après l’Appel, on a même comptabilisé 130 marmites. Jusqu’en 2009, quand il nous quittait, Chérif tuait jusqu’à 60 bœufs, 300 poulets pour un seul repas de fin d’après-midi.»

L’installation des cellules s’est poursuivie aux Parcelles assainies avec celle que dirige Sokhna Mariama Tall, une mouride qui eut la permission de son mari pour devenir layène.

« En prélude à la commémoration de l’Appel, les membres de Wagnou Seydina Issa côtisaient 3 millions que je remettais à Chérif, poursuit Adja Fatou Gaye, mais il refusait de prendre cet argent. Au contraire, il mettait sept millions de francs Cfa sur la table pour nous soutenir.»

Aujourd’hui, ce sont de vieux souvenirs car depuis que Chérif Ousseynou Lahi (RTA) est parti, les membres de Wagnou Seydina Issa se débrouillent pour gérer la restauration. Rares sont ceux interviennent pour les appuyer. Il y a entre autres, la fondation Chérif Ousseynou Lahi, de même que certains layènes de la diaspora...

Conscientes du rôle que Chérif Ousseynou a joué pour la gestion de la restauration, les femmes sous la houlette de Adja Fatou Gaye lui rendent hommage chaque année. Ce fut d’abord à Kayar, l’année suivante,  Mbour les a accueillis, ensuite ce fut au tour de la mythique Place de France, à Thiès. Et cette année, les femmes de Wagnou Seydina Issa Rouhou  Lahi se sont donné rendez-vous à Malika avec Cheikh Mbacké, entouré de ses frères et des centaines de fidèles qui l’ont religieusement écouté disserter sur les relations entre talibés et marabouts mais aussi sur l’amour à vouer au Tout-Puissant.

Paru dans Waa SOODAAN N°2 du 1er Mars 2014